Dans la nuit du 5 au 6 septembre 2026, le jardin de Liffré se transforme en observatoire. Dès le crépuscule, le Celestron Edge HD 9.25 est installé, prêt pour une escapade entre Saturne et les paysages lunaires. Autour, les maisons et les lampadaires rappellent qu’il n’est pas nécessaire de partir loin pour voyager dans l’espace…

La configuration du soir avec la monture Celestron AVX et le tube C9.25 EDGE HD.
Si Saturne se montre moins convaincante sur les images de cette session, la Lune offre de beaux détails. Cratères, plaines sombres et reliefs soulignés par la lumière rasante composent une promenade que l’assemblage en mosaïque permet de prolonger. Parmi les escales, le grand cratère Gassendi dévoile ses pics centraux et les rainures de son plancher : tout un paysage à explorer depuis le jardin.
Les acquisitions lunaires ont été réalisées avec la caméra ZWO ASI462MC, au foyer du Celestron Edge HD 9.25 sans Barlow, sous SharpCap 4.1 : vidéos de 2 000 images, en 1 936 × 1 096 pixels et MONO8, avec une exposition de 14,2 ms, un gain de 154 ou 210 selon la séquence, à environ 54 images/s. Les images ont ensuite été alignées et empilées avec AutoStakkert! 3.1.4, puis traitées par ondelettes dans RegiStax pour faire ressortir les détails du relief lunaire.








Les dômes volcaniques lunaires
Cette image nous emmène dans Mare Insularum, une vaste plaine basaltique située dans la région de Copernic. Sous cet éclairage relativement rasant, de très faibles variations du relief deviennent visibles. Parmi elles se trouvent des structures particulièrement intéressantes : les dômes volcaniques lunaires.
Contrairement aux grands volcans terrestres, ces formations sont très discrètes. Un dôme lunaire se présente généralement comme une large élévation arrondie aux pentes extrêmement faibles, souvent de quelques kilomètres de diamètre pour seulement quelques centaines de mètres de hauteur. Certains possèdent à leur sommet une petite dépression ou un cratère volcanique. Ils sont les vestiges d’une époque où la Lune connaissait encore une importante activité volcanique. Du magma relativement fluide est remonté jusqu’à la surface et s’est répandu lentement autour de son point d’émission. En se refroidissant, ces coulées successives ont construit ces reliefs très aplatis, comparables dans leur morphologie générale à des volcans-boucliers miniatures.
Dans cette région, les dômes d’Hortensius constituent l’un des ensembles les plus connus des observateurs lunaires. Plusieurs petits édifices volcaniques sont regroupés autour du cratère Hortensius, tandis que Milichius π constitue un autre remarquable exemple de dôme volcanique dans les environs.
🔭 Le défi de l’observation
Ces formations sont difficiles à observer lorsque le Soleil est haut au-dessus de l’horizon lunaire : leurs pentes sont si faibles qu’elles deviennent presque invisibles. Il faut attendre que le terminateur soit relativement proche. L’éclairage rasant allonge alors leurs ombres et révèle leur forme bombée. C’est précisément ce qui rend cette image intéressante : au-delà des spectaculaires cratères d’impact, elle permet de rechercher les traces d’un autre chapitre de l’histoire lunaire, celui d’une Lune autrefois volcanique et géologiquement beaucoup plus active qu’aujourd’hui.

Les traces de la tectonique lunaire
Cette image nous emmène dans la région de Mare Insularum, à proximité des Montes Carpatus. Au premier regard, les cratères attirent naturellement l’attention. Pourtant, en observant attentivement les plaines plus sombres, on découvre des structures beaucoup plus discrètes qui témoignent de l’histoire géologique de la Lune. Les vastes surfaces relativement lisses correspondent à d’anciennes plaines basaltiques, formées lorsque des laves très fluides ont remonté depuis l’intérieur de la Lune et rempli les grandes dépressions créées par les impacts anciens. Mais ces terrains n’ont pas conservé une surface parfaitement plane. Après leur mise en place, les basaltes ont subi différentes contraintes qui ont déformé la croûte lunaire.

Des rides provoquées par la compression
Certaines ondulations visibles dans la plaine sont des dorsales de compression, appelées wrinkle ridges en anglais.
Elles se forment lorsque les couches basaltiques sont comprimées : la roche se plisse tandis que des failles situées sous la surface peuvent provoquer son soulèvement. Les données de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter montrent que ces structures associent effectivement plissement et failles compressives.
Rima Gay-Lussac : une véritable fracture de la croûte
Une autre formation remarquable de cette région est Rima Gay-Lussac. Contrairement aux dorsales précédentes, il s’agit d’une rainure liée à une déformation en extension de la croûte. Cette structure mesure environ 40 km de longueur. Sa position et ses dimensions sont officiellement répertoriées par le Gazetteer of Planetary Nomenclature de l’USGS. C’est un bel exemple de la diversité des structures tectoniques lunaires : certaines contraintes ont comprimé les terrains tandis que d’autres les ont étirés et fracturés.
⛰️ Les Montes Carpatus
À proximité se dressent les Montes Carpatus, qui ne sont pas d’origine volcanique. Cette chaîne montagneuse constitue une partie du relief associé au gigantesque bassin d’Imbrium, créé par un impact majeur au début de l’histoire lunaire. La région possède néanmoins de nombreuses traces d’activité volcanique : coulées de lave, rainures et dépôts pyroclastiques y ont été identifiés par Lunar Reconnaissance Orbiter.
🔭 Une surface qui raconte plusieurs histoires
Cette photographie est donc particulièrement intéressante parce qu’elle réunit sur un même champ plusieurs processus géologiques : impacts, volcanisme basaltique, compression, fracturation et dépôts d’éjectas. Sous un éclairage solaire rasant, ces faibles variations de relief deviennent beaucoup plus faciles à percevoir. Une simple « ligne » à la surface de la Lune peut alors raconter une histoire vieille de plusieurs milliards d’années. Et finalement, c’est peut-être cela qui rend l’observation lunaire aussi passionnante : la Lune semble immobile, mais son relief conserve les cicatrices d’un passé géologique particulièrement mouvementé.


Les éjectas de Copernic
Cette image de Mare Insularum révèle les longues traînées laissées par l’impact qui a formé le cratère Copernic. Lors de cet événement, d’énormes quantités de matériaux ont été projetées à plusieurs centaines de kilomètres. Ces éjectas forment aujourd’hui de vastes rayons qui traversent les anciennes plaines basaltiques. Leur visibilité varie fortement avec l’éclairage solaire. La région est particulièrement riche : éjectas, dômes volcaniques, dorsales et rainures tectoniques s’y superposent, témoignant de plusieurs milliards d’années d’histoire géologique lunaire.



